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Ce qu’il faut savoir sur le roman historique (genre littéraire)

Ce qu’il faut savoir sur le roman historique (genre littéraire)

Malgré son image plutôt rétro de prime abord, le roman historique demeure comme l’un des genres littéraires les plus populaires.

Typiquement, ses œuvres prennent un épisode majeur ou une période de l’Histoire comme toile de fond et y déroulent une intrigue fictive, plus ou moins inspirée de faits et de personnages réels.

Roman historique : exemples
  • Le Nom de la Rose, Umberto Eco,
  • Le Comte de Monte-Cristo, Alexandre Dumas,
  • Les Piliers de la Terre, Ken Follett,
  • Le temps d’un vœu, Gaëlle Ausserré,
  • Widowland, C. J. Carey…

Le roman historique est un genre littéraire d’autant plus important qu’il se dissimule parfois derrière d’autres genres au moins aussi populaires…

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      Je retiens
  • Le roman historique se caractérise par :
    • une intrigue fictive inscrite dans un contexte historique identifiable,
    • une reconstitution plus ou moins documentée d’une époque passée,
    • la coexistence de personnages fictifs et de figures historiques,
    • un équilibre subtil entre fidélité aux connaissances historiques données et liberté romanesque.
  • Le genre naît véritablement au XIXe siècle.
  • Il s’hybride volontiers avec d’autres genres littéraires (romance, roman policier, roman épistolaire, littérature jeunesse…).

Roman historique : définition d’un genre littéraire

Dans sa définition la plus synthétique, le roman historique est un genre littéraire qui place une intrigue fictionnelle dans un contexte historique réel.

Roman historique incontournable
« Le salon d’Anna Pavlovna s’emplissait peu à peu : la fine fleur de Pétersbourg y était réunie ; cette réunion se composait, il est vrai, de personnes dont le caractère et l’âge différaient beaucoup, mais qui étaient toutes du même bord. La fille du prince Basile, la belle Hélène, venait d’arriver pour emmener son père et se rendre avec lui à la fête de l’ambassadeur d’Angleterre. Elle était en toilette de bal, avec le chiffre de demoiselle d’honneur à son corsage. La plus séduisante femme de Pétersbourg, la toute jeune et toute mignonne princesse Bolkonsky, y était également. Mariée l’hiver précédent, sa situation intéressante, tout en lui interdisant les grandes réunions, lui permettait encore de prendre part aux soirées intimes. On y voyait aussi le prince Hippolyte, fils du prince Basile, suivi de Mortemart, qu’il présentait à ses connaissances, l’abbé Morio, et bien d’autres.
“Avez-vous vu ma tante ?” ou bien : “Ne connaissez-vous pas ma tante ?” répétait invariablement Anna Pavlovna à chacun de ses invités en les conduisant vers une petite vieille coiffée de nœuds gigantesques, qui venait de faire son apparition. Mlle Schérer portait lentement son regard du nouvel arrivé sur “sa tante” en le lui présentant, et la quittait aussitôt pour en amener d’autres. Tous accomplissaient la même cérémonie auprès de cette tante inconnue et inutile, qui n’intéressait personne. Anna Pavlovna écoutait et approuvait l’échange de leurs civilités, d’un air à la fois triste et solennel. La tante employait toujours les mêmes termes, en s’informant de la santé de chacun, en parlant de la sienne propre et de celle de Sa Majesté l’impératrice, “laquelle, Dieu merci, était devenue meilleure”. Par politesse, on tâchait de ne pas marquer trop de hâte en s’esquivant, et l’on se gardait bien de revenir auprès de la vieille dame une seconde fois dans la soirée. La jeune princesse Bolkonsky avait apporté son ouvrage dans un ridicule de velours brodé d’or. Sa lèvre supérieure, une ravissante petite lèvre, ombragée d’un fin duvet, ne parvenait jamais à rejoindre la lèvre inférieure ; mais, malgré l’effort visible qu’elle faisait pour s’abaisser ou se relever, elle n’en était que plus gracieuse, malgré ce léger défaut tout personnel et original, privilège des femmes véritablement attrayantes, car cette bouche à demi ouverte lui prêtait un charme de plus. Chacun admirait cette jeune femme, pleine de vie et de santé, qui, à la veille d’être mère, portait si légèrement son fardeau. Après avoir échangé quelques mots avec elle, tous, jeunes gens ennuyés ou vieillards moroses, se figuraient qu’ils étaient bien près de lui ressembler, ou qu’ils avaient été particulièrement aimables, grâce à son gai sourire, qui à chaque parole faisait briller ses petites dents blanches.
La petite princesse fit le tour de la table à petits pas et en se dandinant ; puis, après avoir arrangé les plis de sa robe, elle s’assit sur le canapé à côté du samovar, de l’air d’une personne qui n’avait eu dans tout cela qu’un seul but, son propre plaisir et celui des autres. »

(Léon Tolstoï, Guerre et Paix – 1865-1869)

Le roman historique s’appuie sur un récit de fiction dont l’action se déroule dans une époque antérieure à celle où l’auteur a rédigé son œuvre – la notion de passé, éloigné le plus souvent, est primordiale.

Ce faisant, il cherche à restituer le cadre politique, social et psychologique d’une époque.
Cependant, attention à ne pas s’y méprendre : le roman historique est et reste quoi qu’il arrive une œuvre de fiction.
De cette manière, il n’a pas vocation à s’ériger en essai documentaire, en biographie ou en thèse académique. Il s’incarne plutôt en une reconstitution du passé sur laquelle un auteur apporte un regard personnel, un point de vue particulier.
Ainsi, le roman historique peut se permettre certains arrangements avec la réalité, voire quelques libertés avec les faits historiques, notamment pour ce qui est des personnages qu’il met en scène…

De ce fait, certains d’entre eux peuvent être une pure invention de leur auteur, un procédé dont le cinéma est également très friand… Un peu comme dans le film Titanic (1997, James Cameron), qui prend pour cadre l’une des plus grandes catastrophes maritimes de l’Histoire : le naufrage du paquebot Titanic.
De nombreux personnages secondaires (Molly Brown, Thomas Andrews, John Jacob Astor, l’officier Murdoch, et même certains passagers comme le boulanger…) ont réellement existé et étaient bien à bord du navire le 14 avril 1912. Mais les principaux (Jack Dawson, Rose DeWitt Bukater, Caledon Hockley…) sont tout droit sortis de l’imagination des scénaristes ; aucun document ou témoignage n’atteste de la présence de personnes au profil rigoureusement identique le jour du naufrage.
C’est typique de la fiction historique au sens large, dont le roman n’est qu’une des nombreuses formes d’expression littéraires.

En effet, en cherchant un peu, on trouve des pièces de théâtre historiques, des nouvelles historiques, et même de la poésie historique.

Exemple de poème historique
Dans Oradour, Jean Tardieu dénonce la barbarie dont l’armée nazie a fait preuve lors du massacre d’Oradour-sur-Glane, perpétré le 10 juin 1944.

« Oradour n’a plus de femmes
Oradour n’a plus un homme
Oradour n’a plus de feuilles
Oradour n’a plus de pierres
Oradour n’a plus d’église
Oradour n’a plus d’enfants
Plus de fumée plus de rires
Plus de toits plus de greniers
Plus de meules plus d’amour
Plus de vin plus de chansons.
Oradour, j’ai peur d’entendre
Oradour, je n’ose pas
approcher de tes blessures
de ton sang de tes ruines,
je ne peux je ne peux pas
voir ni entendre ton nom.
Oradour je crie et hurle
chaque fois qu’un cœur éclate
sous les coups des assassins
une tête épouvantée
deux yeux larges deux yeux rouges
deux yeux graves deux yeux grands
comme la nuit la folie
deux yeux de petits enfants :
ils ne me quitteront pas.
Oradour je n’ose plus
Lire ou prononcer ton nom.
Oradour honte des hommes
Oradour honte éternelle
Nos cœurs ne s’apaiseront
que par la pire vengeance
Haine et honte pour toujours.
Oradour n’a plus de forme
Oradour femmes ni hommes
Oradour n’a plus d’enfants
Oradour n’a plus de feuilles
Oradour n’a plus d’église
plus de fumées plus de filles
plus de soirs ni de matins
plus de pleurs ni de chansons.
Oradour n’est plus qu’un cri
et c’est bien la pire offense
au village qui vivait
et c’est bien la pire honte
que de n’être plus qu’un cri,
nom de la haine des hommes
nom de la honte des hommes
le nom de notre vengeance
qu’à travers toutes nos terres
on écoute en frissonnant,
une bouche sans personne,
qui hurle pour tous les temps. »

(Jean Tardieu, « Oradour » – 1947)

En somme, le roman historique met en scène une histoire fictionnelle qui a lieu (pour tout ou partie) dans un passé réaliste et identifiable.

Elle s’appuie pour cela sur une reconstitution documentaire qui vise un effet de vraisemblance historique sans pour autant négliger la dimension romanesque et le rôle du narratif.

À noter que les limites du genre peuvent faire débat dans les cercles d’experts : certains spécialistes estiment qu’un simple décor historique ne suffit pas à poser la caractéristique de roman historique, quand d’autres adoptent une définition plus large, incluant toute fiction dont le passé constitue un élément fondamental et structurant de la narration.

Le philosophe Georg Lukács (1885-1971), précurseur des études sociologiques sur les différentes déclinaisons du roman, part du principe que la réalité est l’infrastructure du roman historique.
Toutefois, le parcours socio-familial de son auteur, mais aussi le regard qu’il porte sur l’époque où il vit, conditionnent le traitement qu’il fera d’un sujet ou d’une période de l’Histoire qu’il aura peu ou pas connue. Ainsi, le roman historique n’est pas qu’un roman de l’antériorité pure ; entre les lignes, il dit énormément du présent et de la relation qu’il entretient avec le passé.

Pour Lukács, impossible de considérer le roman historique autrement qu’en le replaçant dans le contexte social et politique de son auteur.

Il a d’ailleurs écrit tout un essai sur le sujet, publié courant 1937 : Le Roman historique (côté titre, difficile de faire plus clair…).

Nota bene
Certains évènements ou époques, parce qu’ils sont considérés comme fondateurs et/ou bénéficient d’une certaine fascination collective, sont particulièrement prisés par les auteurs de romans historiques. Parmi eux, on peut citer :

  • la Rome antique,
  • le Moyen Âge,
  • la Révolution française,
  • l’ère napoléonienne,
  • la Première Guerre mondiale,
  • l’Entre-deux-guerres,
  • la Seconde Guerre mondiale

Le roman historique à travers les siècles

Nous n’aurions pas osé appeler cette partie « Histoire du roman historique » (ou « histoireception »), mais c’est pourtant bel et bien ce dont il est question…

Là encore, les historiens ne sont pas tous d’accord sur le siècle auquel le roman historique aurait émergé en tant que tel.

Néanmoins, un certain consensus se dégage sur le fait qu’il y a eu un avant et un après majeurs à partir du XIXe siècle.

Le roman historique avant le XIXe siècle : une existence officieuse

Comme la plupart des formes du texte de fiction, le roman historique a posé ses premiers jalons bien avant qu’on le reconnaisse en tant que genre littéraire.

Dès le Ier et le IIe siècle, Pétrone écrit le Satyricon, tandis que l’on doit à Apulée Les Métamorphoses. Le point commun entre ces deux œuvres ? Ce sont tous les deux des romans majeurs dont l’intrigue se déroule durant l’Antiquité.

Roman historique Antiquité
« Cependant Socrate ayant donné raisonnablement sur la provende, se mit à crier la soif. Notez qu’une bonne moitié d’un excellent fromage y avait passé. À deux pas du platane coulait une rivière ; une belle nappe d’eau, paisible à l’œil comme un lac, brillante comme l’argent, limpide comme le verre. Vois cette onde, lui dis-je, c’est aussi appétissant que du lait : qui t’empêche de t’en régaler ? Mon homme se lève ; et, après avoir cherché une place commode sur le bord s’agenouille et se penche le corps en avant, très empressé de mettre ce liquide en contact avec ses lèvres.
Mais à peine en ont-elles effleuré l’extrémité, que je vois soudain sa gorge se rouvrir. L’horrible plaie s’y creuse de nouveau. L’éponge s’en échappe, et avec elle deux ou trois gouttes de sang. Socrate n’était plus qu’un cadavre qui allait choir, la tête la première, dans le fleuve, si je ne l’eusse retenu par un pied et ramené à grand effort sur la berge. Là, après quelques larmes données bien à la hâte à mon pauvre camarade, je couvre son corps de sable, et j’en confie, pour toujours, le dépôt au voisinage de la rivière. Alors, tremblant pour moi-même, je m’enfuis précipitamment par les passes les plus écartées, les plus solitaires. Enfin, la conscience aussi troublée que celle d’un meurtrier, j’ai dit adieu à mon foyer, à ma patrie, et je suis venu, exilé volontaire, m’établir en Étolie, où je me suis remarié. »

(Apulée, Les Métamorphoses ou L’Âne d’Or – IIe siècle ap. J.-C.)

Entre le Moyen Âge et le XVIIe siècle, avec l’explosion du genre romanesque, de nombreuses œuvres prennent pour cadre un passé plus ou moins lointain. Néanmoins, si les auteurs utilisent souvent l’Antiquité, le Moyen Âge ou la Renaissance comme un simple décor, le souci de reconstitution spécifique au roman historique n’est pas encore complètement incarné.

Il faudra attendre le XVIIIᵉ siècle, soit le moment où se développe l’historiographie critique et où les civilisations anciennes font l’objet d’études approfondies, pour qu’émerge une représentation plus documentée du passé.

Ainsi, l’Histoire et ses moments pivots ne sont plus seulement là pour fournir une toile en arrière-plan : ils participent à l’élaboration de l’intrigue et du caractère des personnages.
Mais c’est véritablement au XIXe, avec la publication d’un opus que l’on considère encore aujourd’hui comme LE roman fondateur du genre, que la notion de roman historique commencera à s’installer en tant que genre littéraire autonome.

Le XIXe siècle, ou l’essor du roman historique

La plupart des historiens de la littérature situent la naissance du roman historique en 1814, avec la parution de Waverley.

Waverley (ou Waverley ou l’Écosse il y a soixante ans dans sa version longue) a d’abord été publié anonymement, avant que l’on attribue son écriture à l’Écossais Walter Scott, dont c’était le premier roman.

L’intrigue se déroule durant la seconde rébellion jacobite, entre les Lowlands et les Highlands britanniques. Elle a pour toile de fond les ressorts de la guerre pour le trône entre le roi en place et la dynastie des Stuart.

Les spécialistes de la littérature anglaise et des genres littéraires s’accordent tous sur la question, de Louis Maigron à Henri Suhamy en passant par Georg Lukács (oui, encore lui…) : en choisissant de s’intéresser à une période de l’Histoire bien précise et de s’appuyer sur des récits d’anciens combattants qui l’ont durablement marqué, Walter Scott a accouché du « premier vrai roman historique ».

Un projet totalement assumé par ce dernier, puisque pour lui, l’Histoire romancée ne constitue pas un simple décor : elle devient une force qui façonne les destins individuels.

Premier roman historique reconnu
« Le soleil allait disparaître derrière les montagnes éloignées de Liddesdale, et on apercevait quelques habitants du village de Hersildoun, disséminés et saisis d’épouvante ; ils étaient occupés à réparer leurs demeures ruinées qu’une bande dévastatrice d’Anglais, habitants des frontières, avait réduites en cendres. Une tour élevée, construite au milieu du village, était le seul objet qui n’offrît point l’apparence de la dévastation. Elle était entourée de murailles, et la porte extérieure fermée au moyen de barres et de verrous. Les arbrisseaux et les ronces qui croissaient autour, et dont les branches s’étaient frayé sous la porte un passage, montraient évidemment qu’elle n’avait pas été ouverte depuis nombre d’années. Les chaumières des environs avaient été réduites en cendres, et cette masse qui paraissait déserte et désolée n’avait point eu à souffrir de la violence des brigands. Les infortunés qui s’efforçaient de réparer leurs misérables huttes avant la chute du jour, semblaient négliger l’abri bien préférable que leur offrait cette tour, abri qu’ils pouvaient se procurer sans être néanmoins obligés de se livrer au travail.
Avant que le jour eût entièrement fait place à la nuit, un chevalier, couvert d’une riche armure, montant une superbe haquenée, traversait lentement le village. Son cortège se composait d’une dame, jeune et belle en apparence, qui se tenait à ses côtés sur un palefroi aux crins de diverses couleurs ; d’un écuyer portant son casque et sa lance, et conduisant son cheval de bataille, coursier plein de feu et couvert de riches harnais. Un page et quatre cavaliers, armés d’arcs, de carquois, d’épées courtes et de petits boucliers, complétaient son équipage qui, bien que peu considérable, annonçait cependant un homme d’un rang élevé. »

(Walter Scott, Waverley ou l’Écosse il y a soixante ans – 1814)

Dès sa publication, le roman rencontre un succès fulgurant et s’attire les louanges d’auteurs aussi illustres que Balzac et Goethe (rien que ça…).

Côté français, cette réussite fait bien sûr des émules. En 1931, un certain Victor Hugo écrit Notre-Dame-de-Paris.

Quant à Alexandre Dumas, il popularise un sous-genre du roman historique, le roman de cape et d’épée, avec Les Trois Mousquetaires, publié sous forme de feuilleton comme pléthore de romans longs à l’époque.

Roman historique français
« Le premier lundi du mois d’avril 1626, le bourg de Meung, où naquit l’auteur du Roman de la Rose, semblait être dans une révolution aussi entière que si les huguenots en fussent venus faire une seconde Rochelle. Plusieurs bourgeois, voyant s’enfuir les femmes le long de la grande rue, entendant les enfants crier sur le seuil des portes, se hâtaient d’endosser la cuirasse, et appuyant leur contenance quelque peu incertaine d’un mousquet ou d’une pertuisane, se dirigeaient vers l’hôtellerie du Franc-Meunier, devant laquelle s’empressait, en grossissant de minute en minute, un groupe compact, bruyant et plein de curiosité.
En ce temps-là les paniques étaient fréquentes, et peu de jours se passaient sans qu’une ville ou l’autre enregistrât sur ses archives quelque événement de ce genre. Il y avait les seigneurs qui guerroyaient entre eux ; il y avait le cardinal qui faisait la guerre au roi et aux seigneurs ; il y avait l’Espagnol qui faisait la guerre aux seigneurs, au cardinal et au roi. Puis, outre ces guerres sourdes ou publiques, secrètes ou patentes, il y avait encore les voleurs, les mendiants, les huguenots, les loups et les laquais, qui faisaient la guerre à tout le monde. Les bourgeois s’armaient toujours contre les voleurs, contre les loups, contre les laquais ; — souvent contre les seigneurs et les huguenots ; — quelquefois contre le roi ; — mais jamais contre le cardinal et l’Espagnol. Il résulta donc de ces habitudes prises, que ce susdit premier lundi du mois d’avril 1626, les bourgeois entendant du bruit, et ne voyant ni le guidon jaune et rouge, ni la livrée du duc de Richelieu, se précipitèrent du côté de l’hôtel du Franc-Meunier.
Arrivé là, chacun put reconnaître la cause de cette rumeur. »

(Alexandre Dumas, Les Trois Mousquetaires – 1844)

Avec Arthur Conan Doyle, le roman historique s’autorise même une incursion sur les terres du roman humoristique au détour de quelques scènes de La Compagnie Blanche.
Ce sont les prémices de l’hybridation du roman historique, dont nous aurons l’occasion de reparler ensuite…

En définitive, le XIXe siècle est le siècle qui a donné l’impulsion au roman historique en tant que genre à part entière ; un pari gagnant pour ses auteurs, puisqu’il est rapidement devenu l’un des genres littéraires les plus populaires.

Quel que soit le ton qu’il prend, le roman historique offre dès ce moment à ses lecteurs une expérience assez inédite : s’approprier le « grand roman national » (pour ce qui est de l’Histoire de France) et l’Histoire du monde à travers des personnages fictifs et une narration pensée pour captiver les esprits au-delà d’un simple catalogue de faits.
En somme, la culture et le divertissement à la fois. Banco !

Et après ? …

L’entrée dans le XXe siècle n’est pas pour freiner la progression du roman historique, loin s’en faut.

Parmi les œuvres qui ont marqué l’Après-guerre, on peut citer la saga Les Rois Maudits de Maurice Druon – davantage connu pour avoir co-écrit les paroles du Chant des Partisans avec son oncle Joseph Kessel –, Le Nom de la rose d’Umberto Eco, ou encore Les Piliers de la Terre de Ken Follett, tous d’immenses succès qui traversent les générations et n’ont rien perdu de leur aura dans les années 2020.

Exemple de roman historique
« C’était une belle matinée de la fin novembre. Dans la nuit il avait neigé un peu, mais le terrain était recouvert d’un voile frais pas plus haut que trois doigts. En pleine obscurité, sitôt après laudes, nous avions écouté la messe dans un village de la vallée. Puis, au lever du soleil, nous nous étions mis en route vers les montagnes.
Comme nous grimpions par le sentier abrupt qui serpentait autour du mont, je vis l’abbaye. Ce ne furent pas les murailles qui l’entouraient de tous côtés qui m’étonnèrent, semblables à d’autres que je vis dans tout le monde chrétien, mais la masse imposante de ce que j’appris être l’Édifice. C’était là une construction octogonale qui, vue de loin, apparaissait comme un tétragone (figure absolument parfaite qui exprime la solidité et le caractère inexpugnable de la Cité de Dieu), dont les côtés méridionaux se dressaient sur le plateau de l’abbaye, tandis qu’au septentrion ils paraissaient s’élever des pentes mêmes du mont d’où ils s’innervaient à pic. Je dis qu’en certains points, vu d’en bas, il semblait que le rocher se prolongeait vers le ciel, sans solution de teintes et de matière, et devenait à un certain point donjon et tour (ouvrage de géants qui auraient grande familiarité et avec la terre et avec le ciel). Trois ordres de verrières disaient le rythme ternaire de sa surélévation, si bien que ce qui était physiquement carré sur la terre était spirituellement triangulaire dans le ciel. À mesure qu’on s’en approchait, on comprenait que la forme quadrangulaire produisait, à chacun de ses angles, une tour heptagonale, dont cinq côtés s’avançaient vers l’extérieur – quatre donc des huit côtés de l’octogone majeur produisant quatre heptagones mineurs, qui vus de l’extérieur apparaissaient comme des pentagones. Et il n’est personne qui ne voie l’admirable concordance de tant de nombres saints, chacun révélant un très subtil sens spirituel. Huit le nombre de la perfection de tout tétragone, quatre le nombre des évangiles, cinq le nombre des parties du monde, sept le nombre des dons de l’Esprit Saint. Par sa masse imposante, et par sa forme, l’Édifice m’apparut comme plus tard il me serait donné de voir dans le sud de la péninsule italienne Castel Ursino ou Castel dal Monte, mais par sa position inaccessible il était des plus terribles, et capable d’engendrer de la crainte chez le voyageur qui s’en approchait peu à peu. Et heureusement, par cette cristalline matinée d’hiver, la construction ne m’apparut pas telle qu’on la voit dans les jours de tempête. »

(Umberto Eco, Le Nom de la rose – 1980)

L’intrigue du Nom de la rose, roman publié en 1980 dans sa version originale, se déroule six siècles plus tôt, en 1327, à l’heure où le pouvoir impérial et l’Église catholique traversent une profonde division mutuelle.
Ce roman appartient à deux genres littéraires majeurs : le roman historique et le roman policier.

Roman historique best seller
« Il ne la soupçonna pas un instant. Dans l’esprit des hommes, une femme ne pouvait pas être dangereuse. Quelle sottise ! Les femmes étaient capables de presque tout ce que faisaient les hommes. Qui prenait tout en main quand les hommes étaient à la guerre ou en croisade ? Il y avait des femmes charpentiers, teinturiers, tanneurs, boulangers et brasseurs. Aliena pour sa part avait été un des marchands les plus importants du comté. Les responsabilités d’une abbesse, à la tête d’un couvent de religieuses, étaient exactement les mêmes que celles d’un abbé. N’était-ce pas une femme, l’impératrice Maud, qui avait déclenché une guerre civile de quinze ans ! Malgré cela, ces abrutis de gardes n’auraient jamais soupçonné une femme d’être un agent ennemi, parce que ce n’était pas normal dans leur monde d’hommes. »

(Ken Follett, Les Piliers de la Terre – 1889)

Notez grâce à l’extrait ci-dessus à quel point, malgré une intrigue située dans l’Angleterre du XIIe siècle et centrée sur la construction d’une cathédrale, la syntaxe se veut d’un coup moins complexe, et le vocabulaire plus mordant, sans pour autant sacrifier la qualité littéraire et stylistique que l’on attend de ce genre d’œuvre exigeante.

C’est là le tournant majeur pris par le roman historique à partir de la deuxième moitié du XXe siècle : à l’instar des autres littératures dites de genre (en opposition à la littérature blanche ou générale), il se veut accessible et populaire. Le ton du narrateur se fait aussi plus incarné, à l’image des personnages.

De manière générale, on observe une tendance générale au « dézoomage » sur les grands personnages, au profit de profils plus ordinaires et proches du simple peuple.

Roman historique espagnol : exemple
La Cathédrale de la mer d’Ildefonso Falcones (2006) met en scène un modeste paysan qui s’élève de façon fulgurante dans les hautes sphères de la société sur fond de construction de la Santa Maria del Mar.
On y rencontre certes le roi dont il est devenu proche, ainsi qu’un certain nombre d’éminents conseillers, mais le récit reste centré sur le personnage d’Arnau Estanyol et relate son expérience personnelle de l’époque avant tout.

Au XXIe siècle, le roman historique contemporain s’impose comme un genre plus vivant que jamais. De ce fait, il ne cherche plus seulement à reconstituer le passé : il s’interroge aussi sur la manière dont celui-ci est raconté, transmis et interprété. L’objectivité historique est souvent remise en cause, supplantée par une exploration des rapports entre fiction, mémoire et Histoire.

Dans le même temps, le genre continue de s’approprier des périodes très diverses, de l’Antiquité au XXe siècle, tout en renouvelant ses approches et en s’adaptant aux tendances éditoriales et aux goûts actuels du lectorat.

Le succès est toujours au rendez-vous, et ce n’est pas Pierre Lemaitre, avec sa saga des Enfants du Désastre et son prix Goncourt pour le premier tome de la série (Au revoir là-haut, 2015) qui osera dire le contraire.

Roman historique première guerre mondiale
« Ceux qui pensaient que cette guerre finirait bientôt étaient tous morts depuis longtemps. De la guerre, justement. Aussi, en octobre, Albert reçut-il avec pas mal de scepticisme les rumeurs annonçant un armistice. Il ne leur prêta pas plus de crédit qu’à la propagande du début qui soutenait, par exemple, que les balles boches étaient tellement molles qu’elles s’écrasaient comme des poires blettes sur les uniformes, faisant hurler de rire les régiments français. En quatre ans, Albert en avait vu un paquet, des types morts de rire en recevant une balle allemande.
Il s’en rendait bien compte, son refus de croire à l’approche d’un armistice tenait surtout de la magie : plus on espère la paix, moins on donne de crédit aux nouvelles qui l’annoncent, manière de conjurer le mauvais sort. Sauf que, jour après jour, ces informations arrivèrent par vagues de plus en plus serrées et que, de partout, on se mit à répéter que la guerre allait vraiment prendre fin. On lut même des discours, c’était à peine croyable, sur la nécessité de démobiliser les soldats les plus vieux qui se traînaient sur le front depuis des années. Quand l’armistice devint enfin une perspective raisonnable, l’espoir d’en sortir vivant commença à tarauder les plus pessimistes. En conséquence de quoi, question offensive, plus personne ne fut très chaud. On disait que la 163e DI allait tenter de passer en force de l’autre côté de la Meuse. Quelques-uns parlaient encore d’en découdre avec l’ennemi, mais globalement, vu d’en bas, du côté d’Albert et de ses camarades, depuis la victoire des Alliés dans les Flandres, la libération de Lille, la déroute autrichienne et la capitulation des Turcs, on se sentait beaucoup moins frénétique que les officiers. La réussite de l’offensive italienne, les Anglais à Tournai, les Américains à Châtillon… on voyait qu’on tenait le bon bout. »

(Pierre Lemaitre, Au revoir là-haut – 2015)

Aussi, à l’heure de la quatrième vague féministe et de l’éveil collectif face aux discriminations et violences systémiques, le roman historique s’éloigne de plus en plus de la « Grande Histoire » et met désormais volontiers en avant des personnages longtemps marginalisés (femmes, esclaves, minorités), ce qui était plus rare ou ardu autrefois.

En traçant un pont entre les injustices du passé et les manquements du présent, le roman historique nous rappelle alors la nécessité de questionner nos modes de vie, nos valeurs et notre système de hiérarchie sociale.

C’est par exemple le cas du succès de librairie Le Bal des folles de Victoria Mas, qui dénonce le machisme institutionnel à travers une incursion dans le quotidien des femmes internées pour hystérie à l’Hôpital de la Salpétrière à la fin du XIXe siècle.

Roman historique féministe
« En dehors des murs de la Salpêtrière, dans les salons et les cafés, on imagine ce à quoi peut bien ressembler le service de Charcot, dit le “service des hystériques”. On se représente des femmes nues qui courent dans les couloirs, se cognent le front contre le carrelage, écartent les jambes pour accueillir un amant imaginaire, hurlent à gorge déployée de l’aube au coucher. On décrit des corps de folles entrant en convulsion sous des draps blancs, des mines grimaçantes sous des cheveux hirsutes, des visages de vieilles femmes, de femmes obèses, de femmes laides des femmes qu’on fait bien de maintenir à l’écart, même si on ne saurait dire pour quelle raison exactement, celles-ci n’ayant commis ni offense ni crime. Pour ces gens que la moindre excentricité affole, qu’ils soient bourgeois ou prolétaires, songer à ces aliénées excite leur désir et alimente leurs craintes. Les folles les fascinent et leur font horreur.
Leur déception serait certaine s’ils venaient faire un tour dans le service en cette fin de matinée.
Dans le large dortoir, les activités quotidiennes s’exécutent dans le calme. Des femmes passent la serpillière entre et sous les lits métalliques ; d’autres font une brève toilette au gant au-dessus d’une bassine d’eau froide ; quelques-unes sont couchées, accablées de fatigue et de pensées, ne désirant converser avec personne ; certaines brossent leurs cheveux, parlent seules à voix basse, observent par la fenêtre la lumière tomber sur le parc où un peu de neige résiste encore. Elles sont de tous âges, de treize à soixante-cinq ans, elles sont brunes, blondes ou rousses, minces ou épaisses, vêtues et coiffées comme elles le seraient à la ville, se meuvent avec pudeur ; loin de l’ambiance dépravée qui se fantasme en dehors, le dortoir ressemble plus à une maison de repos qu’à une aile dédiée aux hystériques. C’est en y regardant d’un peu plus près que le trouble survient : on remarque une main refermée et tordue, un bras contracté et ramené contre la poitrine ; on voit des paupières qui s’ouvrent et se referment avec la cadence des battements d’ailes d’un papillon ; certaines paupières sont tout simplement fermées d’un côté, et c’est un œil seulement qui vous dévisage. Tout son de cuivre ou de diapason a été proscrit, sans quoi certaines s’effondrent sur place en pleine catalepsie. L’une bâille sans s’arrêter ; l’autre est en proie à des mouvements incontrôlés ; on croise des regards abattus, absents ou plongés dans une mélancolie des plus profondes. Puis, de temps à autre, la fameuse crise d’hystérie vient secouer le dortoir au sein duquel un calme temporaire flottait : un corps de femme, sur un lit ou à terre, se plie, se contracte, lutte contre une force invisible, se débat, se cambre, se tord, tente d’échapper à son sort sans y parvenir. Alors on se presse autour d’elle, un interne applique deux doigts contre les ovaires, et la compression finit par calmer la folle. Dans les cas les plus sévères, un tissu imbibé d’éther vient lui couvrir le nez : les paupières se referment, et la crise cesse.
Loin d’hystériques qui dansent nu-pieds dans les couloirs froids, seule prédomine ici une lutte muette et quotidienne pour la normalité. »

(Victoria Mas, Le Bal des folles – 2019)

Aussi, le roman historique, au sommet de son art, n’a jamais autant goûté à l’hybridation du genre

Le roman historique, genre hybride par excellence

Hybridation des genres littéraires : définition
Hybridation des genres littéraires (souvent vulgarisé en « Hybridation des genres » en narratologie) : processus par lequel une œuvre emprunte et associe les caractéristiques de plusieurs genres littéraires afin de produire une forme narrative originale qui transcende les frontières traditionnelles entre ces genres.

L’hybridation des genres présente plusieurs avantages. Elle permet en effet :

  • de surprendre le lecteur,
  • d’offrir plusieurs niveaux de lecture,
  • d’aborder un même sujet sous différents angles,
  • de renouveler les formes littéraires,
  • de remettre en question les frontières entre les genres par esprit d’expérimentation ou d’anticonformisme…

Exemple :

Des fleurs pour Algernon de Daniel Keyes (1966) est un roman qui, sous la forme d’un journal intime, déroule une intrigue de science-fiction.

Dans la littérature contemporaine, l’hybridation est devenue très fréquente, et cette mode est particulièrement visible au rayon des romans historiques.

Ainsi, de nombreux romans ou nouvelles combinent les codes du roman historique avec ceux du thriller, de la fantasy, de la science-fiction, de la romance, du roman policier ou encore du roman psychologique.

C’est le cas de Notre part de nuit de Mariana Enriquez, qui mêle les codes du roman historique à ceux du genre fantastique.

Roman historique hybride
« Ils croient à ce que leur dit l’Obscurité.
Ils écoutent, obéissent. Et ils n’ont personne d’autre capable de l’invoquer. Mercedes est toujours à la recherche de nouveaux médiums. Elle est prêtresse d’un dieu qui l’ignore, comme tous les prêtres de n’importe quel culte sont et ont été ignorés par leurs dieux. Mais son dieu me parle. Et pour elle, avoir un oracle aussi peu digne de confiance a toujours été une sorte de malédiction. Je crois à l’Obscurité, mais croire ne signifie pas obéir. Comment n’y croirais-je pas puisqu’elle est dans mon corps ? Dans mon corps. Ce que leur dit l’Obscurité ne peut pas être interprété au premier degré. L’Obscurité est démente, c’est un dieu sauvage, c’est un dieu fou.
Ce que je veux savoir, c’est si tu pourrais vraiment refuser. Si tu le voulais.
Bien sûr que non, je suis un esclave. Je suis la bouche. L’Obscurité peut me trouver, c’est un combat perdu. Tali, j’ai besoin que tu m’aides. Que tu travailles avec Stephen pour protéger Gaspar. Je le fais de mon côté, mais ça ne suffit pas, ça ne suffit plus, je suis seul. Il a vu une présence hier, et pas n’importe laquelle. Il commence à grandir, je suppose. J’ai besoin que tu le protèges contre eux à Puerto Reyes, que tu le caches avec l’aide de Stephen.
Ils voudront quand même que tu utilises son corps.
Pas avant des années. J’ai du temps et le pouvoir de les abuser. Le plus difficile sera de rester vivant. Il me faut ce temps.
Pour élever Gaspar et trouver le moyen de l’éloigner de l’Ordre.
Je ferai le Cérémonial comme d’habitude. »

(Mariana Enriquez, Notre part de nuit – 2021)

Du côté des romans policiers historiques, il n’y a que l’embarras du choix :

  • Germania, Harald Gilbers,
  • La « Trilogie Berlinoise » de Philip Kerr,
  • Le Bureau des Affaires Occultes, Éric Fouassier,
  • Les Femmes du France, Zoé Brisby,
  • Les Malvenus, Audrey Brière…
Roman historique policier
« Au 7 de la rue des Juifs se dressait une vilaine façade de pierre abîmée, percée au hasard d’une porte et de trois fenêtres. Sur le côté droit de la maison, surmontée d’un linteau triangulaire et pompeusement hissée au sommet de deux marches, l’étroite porte d’entrée présentait une peinture rouge écaillée et un minuscule œil de Judas. Il n’y avait pas de heurtoir pour s’annoncer, pas d’écriteau ni de fente pour les lettres. Les rideaux aux fenêtres étaient tirés. On avait vu plus accueillant.
C’était là le domicile de l’inspecteur de police.
S’il n’avait pas été en perpétuelle bisbille avec le maire de la ville, Matthias Lavau aurait profité du logement de fonction qui jouxtait la mairie, au-dessus de la prison – c’est-à-dire des trois misérables cellules qui servaient à enfermer les ivrognes. Au lieu de quoi, il logeait sans se plaindre dans cette habitation douteuse. À dire vrai, il s’y trouvait bien. Le matin de bonne heure, il s’asseyait sur le minuscule perron, une tasse de café bien corsé à la main.
Il s’alimentait à l’oxygène du village, guettant les cloches de l’église, le chant des religieuses, les premiers cris des enfants. Il surveillait à l’oreille les bruits du couvent et de l’orphelinat. L’âge ne l’avait pas délesté de cette habitude.
Il sentirait jusqu’à son dernier souffle ces fragrances de camphre et d’encens, il entendrait jusqu’au bout les sonorités familières des Ursulines. La vie du couvent continuait de rythmer ses jours et ses nuits, même s’il en avait franchi la porte depuis bien longtemps. Cela lui allait. »

(Audrey Brière, Les Malvenus – 2023)

Parmi les autres genres qui se prêtent également à merveille à l’hybridation avec le roman historique figure l’uchronie, qui s’y associe par essence.

Uchronie : définition
Un roman uchronique, ou uchronie par convention, réécrit l’Histoire passée en partant d’un point de divergence.
Ce faisant, il modifie l’issue d’un événement réel, ce qui entraîne un futur alternatif.

Le roman uchronique le plus célèbre est sans conteste Le Maître du Haut Château (1962).

Philip K. Dick y dépeint un monde où les forces nazies et alliées ont remporté la Seconde Guerre mondiale, entraînant la division des États-Unis entre le Troisième Reich et l’Empire du Japon.

Roman uchronique exemple
« En 1947, le jour de la Capitulation, il était plus ou moins devenu fou. Dans sa haine des Japs, il avait juré de se venger. Depuis, ses armes de service, graissées et emballées avec soin, attendaient dans une cave sous trois mètres de terre le jour où ses potes et lui se soulèveraient. Il avait oublié à l’époque que le temps soigne toutes les plaies.
Lorsqu’il y repensait maintenant – au grand bain de sang, à la purge des pinocs et de leurs maîtres –, il lui semblait feuilleter un de ses albums de classe défraîchis, datant du lycée, et tomber sur un compte rendu de ses aspirations d’adolescent. Frank Frink “le Friqué” sera paléontologiste et fait serment d’épouser Norma Prout. Norma Prout, la schönes Mädchen de la classe qu’il avait effectivement fait serment d’épouser. Ça remontait à tellement loin, nom de Dieu, comme les sketchs de Fred Allen ou les films de W.C.
Fields. Depuis 1947, Frink avait bien dû croiser six cent mille Japonais, il avait parlé à certains, et l’envie de les écrabouiller, tous ou chacun, ne s’était purement et simplement jamais matérialisée passé les premiers mois. Ce n’était plus pertinent, voilà tout.
Attends, attends. Il y en avait un, un certain M. Omuro, qui avait acheté une vaste zone d’immeubles d’habitation dans le centre de San Francisco et qui avait loué un moment une de ses chambres à Frink. Une vraie pourriture.
Un requin qui ne faisait jamais de réparations, divisait les pièces en réduits de plus en plus minuscules, augmentait les loyers… Omuro extorquait leur argent aux pauvres, surtout les anciens appelés au chômage, quasi sans ressources, pendant la dépression du début des années 1950.
C’était pourtant une des Missions Commerciales japonaises qui avait fini par avoir sa tête de profiteur de guerre. De nos jours, on n’entendait plus parler de violations pareilles du code civil japonais, sévère, rigide, mais juste. Il fallait porter cette amélioration au crédit des occupants haut placés : ils étaient incorruptibles, notamment les plus jeunes, arrivés après la chute du Cabinet de guerre. »

(Philip K. Dick, Le Maître du Haut Château – 1962)

Citons également Widowland de C. J. Carey, qui part elle aussi d’une victoire des Nazis en 1945 comme point de divergence, et imagine que les grands classiques de la littérature anglaise soient réécrits sur Ordre du Protectorat britannique pour supprimer toute allusion à l’indépendance et à la subversion des femmes.

Vous l’aurez compris : non seulement la liste pourrait être bien plus longue que cela, mais elle n’a pas fini de s’étoffer dans les années à venir…

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Tihay, L. (13 juillet 2026). Ce qu’il faut savoir sur le roman historique (genre littéraire). Quillbot. Date : 13 juillet 2026, issu de l’article suivant : https://quilbot.one-click-server.online/fr/blog/genre-litteraire/roman-historique/

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Laurine Tihay, BA

Après une licence en lettres et sciences du langage, Laurine, férue de lexicologie et de grammaire, s’est spécialisée dans la correction éditoriale. Également initiée à la narratologie, elle en connaît un rayon sur les techniques d’écriture créative appliquées aux œuvres de fiction et leurs spécificités inhérentes aux littératures de genre.

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